les ecrits d'un être merveilleux parti trop tôt!

14 février 2010

les garçons

J’aimerais tant enfin pouvoir vous faire comprendre
Que je suis bien plus que celui que vous croyez.
Entre-nous tant de choses restent à entendre
Et de malentendus à remettre à l’endroit.

Pourquoi ne trouvons nous jamais que la violence
Comme règlement des différents que nous avons ?
Parler nous donnerait pourtant bien plus d’aisance
Et éviterait bien des drames que nous vivons.

Avant-hier la haine a franchi une autre étape
Alors que nous ne nous détestons pourtant pas.
Pourquoi alors faut-il toujours que l’on se tape ?
Bagarres.... Et la famille explose à grand fracas.

Il serait temps que nous jouions cartes sur table,
Pour nous et pour vos soeurs et bien sûr pour maman,
Que nous détruisons un peu à chaque engueulade.
Sachons qu’un jour nous la viderons de  son sang.

Alors il est temps que nous nous ressaisissions,
Et lui prouvions que nous formons une famille,
De gens qui s’aiment et non d’éternelles destructions,
Que nos destins sont liés jusqu’en l’an trois mille.

Pour la fête des mères faisons-lui ce cadeau
De le choisir tous les trois un après-midi,
Dans les boutiques de Marseille ; et qu’il soit beau.
Qu’elle sache bien qu’entre-nous plus rien n’est fini.

Fab

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13 février 2010

infidèle

Si l’infilèle n’existait pas,
Nous serions bien tristes amants. `
Pouvoir s’ébattre en d’autres bras,
Et goûter au fond chaque instant.

Rend l’autre îvre de jalousie
Et tu grimperas au rideau
Car dès qu’il sait que tu t’ennuies,
Son poinçon se hisse au plus haut.

Parle lui de tes nuits torrides,
De tes amants interchangeables,
De tes deux côtés qui s’oxydent,
De ces essences impalpables.

S’il devient faible,
jette-le,
Réserve-toi le plus puissant,
Ton ventre gonfle,
cambre-le.

Et crie jusqu’à étouffement.
Retourne attendre ton époux,
Va chercher ta fille à l’école,
Et garde en toi ce souffle doux,
Cette jeunesse qui s’envole.

Fab

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12 février 2010

jongleur de mots

J’étais jongleur de mots, il n’y a pas si longtemps.
C’était dans une vie où les oiseaux chantaient
Aux oreilles des flâneuse en l’honneur du printemps.

C’était dans une vie où le bonheur était
fait de choses bien simples aujourd’hui oubliées
Comme de lire l’amour dans l’oeil de son enfant.

Le plaisir d’un visage qu’illumine un sourire,
Savait encore ravir le coeur des amants.
C’était dans une vie où les hommes existaient.

Ces souvenirs ancrés en mon for intérieur,
Je pourrai m’en aller sans larmes ni aigreur
Faire oeuvre de gibier à ces tristes satyres.

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11 février 2010

re pas pocam

Écris encore ici ces quelques mots d’amour
soudés en quelques vers à l’harmonie gracile.
Publics ou privés, ils resteront toujours,
Un exemple à suivre pour mes rimes faciles.

Et si je ne puis pas toujours y faire honneur,
C’est que le temps  manque, clepsydre diabolique.
Mais je les lis toujours comme autant de bonheurs,
Chacun est une perle d’un collier magique.

C’est avec impatience que j’attends le prochain,
Pour le plaisir d’écouter de si beaux refrains,
Dans l’espérance d’un jour pouvoir les composer.

Il est des opinions qui parfois maladroites,
Risquent de renverser des relations étroites.
La raison sache ici encore l’emporter.

Fab

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nouveaux textes

hier, pour mes 49 ans (il y a 3 1/2 ans que je suis veuve...) mon fils m'a offert le disque dur d'un viel ordi trouvé au grenier... qu'il démonté et remonté comme un simple disque dur externe (sorte de grosse clef USB...) dedans j'ai eu la joie de retrouver des poêmes et des textes de Fab que j'ignorais, ou que je croyais perdu. Alors merci encore mon fils pour cette joie et ces larmes qu'ils m'ont arraché...

Chaque jour j'en ajouterai un ici...

Bonne lecture!

Ln des Landes

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26 septembre 2008

amour 2

Un amour se partage à deux,
Quand la rancoeur décline à plusieurs
Si le regards des amoureux
Ne se traduit que dans leur coeur.

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CLIP SAY-Cbd


CLIP SAY-Cbd
Vidéo envoyée par aliaa

clip sur l'inceste une tres jolie chanson

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06 septembre 2006

une vie en photos

fab_mele2

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13 août 2006

sa dernière demeure....

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12 août 2006

Mon père

Mon père ce salaud
Qui m’a dit que chez lui
Pour moi il faisait trop chaud
Qu’il me fallait la nuit!

Comment ose-t-on dire
Comme ça à son enfant
“Je préfère te maudire
Plutôt que d’être aimant.”

Cela fait bien longtemps
Qu’il ne fait plus rien pour moi
Et pourtant c’est dément
Que le mal soit sa loi.

À mon père ce salaud
Je n’ai plus rien à dire
Ou alors quelques mots:
“Tu n’es qu’un sale vampire!”

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cadeaud'adieuaupère

5 Heures. Le téléphone sonne. Fabrice s’est couché tard la veuille. IL n’a pas le temps de répondre. Le répondeur s’encloche :

   “- C’est ta tante Aude, Fabrice. Il faut absolument que tu reppèles à la maison. Il y a un gros problème. Bisous. “

Fabrice n’entend plus que les bips d’un téléphone raccroché que le répondeur enregistre pour quelques secondes encore.

Sa femme Hélène et lui se lèvent immédiatement. Elle part réveiller les enfants. Il appèle la maisson. Son père Gillles répond : “

- Aude a laissé un message sur mon répondeur. Que se passe-t-il ?
- Ta mère est partie. Hier après-midi. Elle n’est toujours pas rentrée. J’ai tourné en rond toute la nuit. Il faut que tu viennes.

- Raconte-moi ce qui s’est passé exactement.

- On était au Casino. On s’est disputés. J’en ai eu marre. Je l’ai laissé avec le chariot. J’ai attendu deux heures dans la voiture. Voyant qu’elle ne revenait pas, je suis retourné au supermarché. J’y ai retrouvé le caddie là où je l’avais laissé mais plus de trace de ta mère.

- Et Marie, comment prend-elle ça ?

- Elle dort chez sa copine Clémentine. Je ne me sens pas de lui annoncé tout seul. Il faut que tu viennes. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit.

-Ok, j’arrive “.

Flabrice boit rapidement un café. Hélène est déjà prête, avec les enfants.

L’ami qui les hébège, Jen-Luc, ne pose aucun problème pour prêter sa voiture à Fabrice

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10 août 2006

viol

Je remets ici ce texte car il résume bien tout l'auteur...

Cela s’est passé il y a seize ans. J’en avais quinze et demi. Je voulais aller au lycée de Cannes qui avait une section lettres. Nous en avons parlé avec mon père durant le repas. Il ne voulait pas. Il fallait que je fasse science-eco car telle était sa volonté et que l’on obéit à son père. Je l’ai envoyé chier. Il m’a balancé un verre d’eau dans la figure puis s’est levé. Il a commencé à prendre sa chaise. Je me suis levé à mon tour puis ai pris ma chaise aussi. Je l’ai touché avant qu’il ne me touche. Son front saignait. Il est devenu rouge de rage. Il m’a saisi par le bras. Sa colère lui donnait une force incroyable. Je ne pouvais résister. Il m’a traîné vers le canapé du salon. Il a commencé à se déshabiller et m’a déchiré mes vêtements. Il m’a plaqué sur le canapé et m’a saisi la gorge. J’avais du mal à respirer. Je ne pouvais plus bouger. Il m’a sodomisé. Je hurlais de douleur. Je lui disais “ j’ai mal, j’ai mal, j’ai mal “. Il me répétait : “ ça t’apprendra à frapper ton père. Tu ne recommenceras plus”. Ma mère hurlait pour qu’il arrête. Elle s’est approchée de lui pour qu’il cesse. Il lui a mis un poing dans la figure. Elle s’est retrouvée à l’autre bout de la pièce. Elle ne mesurait qu’un mètre cinquante-trois et était encore plus frêle que moi.

   Une fois qu’il eut terminé, je suis monté dans la salle de bain et ne me suis pas lavé mais récuré. Je me sentais sale, souillé, humilié. Je me suis enfermé dans ma chambre durant plus d’une semaine. Ma mère me portait les repas. Pas une seule fois il ne s’est inquiété de mon absence. Je lisais un livre sur la littérature du dix-neuvième siècle, les poètes torturés. J’ai décidé de mettre tout ça dans un coin de ma tête et de l’oublier. Mais à 32 ans, j’ai fait deux tentatives de suicide en relation avec cet événement. J’en ai donc parlé à ma femme. Il paraît que ça soulage. Pour l’instant, je ne fais que revivre cet abominable moment que je pensais avoir oublié à tout jamais. Je ne peux rien faire contre lui. Je n’ai pas de preuves et il y a prescription. Il restera tranquille dans son métier de médecin du travail avec tout son argent et continuera de nous menacer de mettre nos filles à la ddass. J’ai décidé de m’exprimer pour exorciser mais est-ce vraiment une bonne idée ? Je n’en sais rien. Pour l’instant, je ne fais que revivre cette période.

Merci de m’avoir lu.


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22 juillet 2006

merci à tous les amis écrivains...

merci à tous ceux qui m'ont envoyé quelques mots pour Fab.
mercredi une fois que je les lui aurais lu je les lui donnerai pour qu'il les emporte avec Lui, je publie ici ces marques d'amitié qui l'auraient profondément touché..... et qui m'apportent beaucoup.

Merci à vous amis qui avez fait plus pour lui que sa famille.

LA VIE EST UN AVEU:

A regarder survivre
Toujours ce monde fou…
Retrouver dans les livres
La peur que l'on avoue…
A croire encore un temps
Qu'il faudrait juste voire
Qu'amour et air du vent
Nous baignent encore d'espoir.

On voudrait bien pourtant
Aller jusqu'au bout
De nos rêves d'enfant,
Se libérer de tout.

Il faut pourtant y croire,
Pour vivre encore un peu,
Au reflet du miroir
Même s'il peut-être mieux.
Se tourner et revoir
Parfois les jours heureux
Et laisser dans le noir
Les souvenirs pluvieux.

Il faut toujours courir
Pour aller on sait où,
Maîtriser nos délires
Pour paraître comme vous.
Parfois dans un soupir
Se dire que l'on s'en fout
Et croire en l'avenir,
Quel que soit le rendez-vous.

Il faudra bien pourtant
Avancer jusqu'au bout,
Garder nos rires d'enfant
Pour que la vie ait un goût.

Même s'il n'y a pas de gloire
A survivre en ce jeu,
La vie est une histoire
Qui s'écrit dans nos yeux.
Atteindre le promontoire
Seul ou même à deux,
La vie nous fait valoir
Bien plus chère que les cieux.

(A Fabrice…) :o.j

UNE GOUTTE D'ESPOIR:

Donnez-moi une goutte d'espoir
Une de ces gouttes qui vous transportent
Dans ce vaste tunnel sans histoire
Et vous permettent enfin de passer la porte
Des nuits sans sommeil, des jours noirs
Des minutes sans réveil, des secondes en cohorte.

Donnez-moi une goutte d'espoir
Que je m'abreuve à ce millième de vie
Afin de continuer dans ce grand couloir
Que communément nous appellons la vie
Et nous détruit sans égards et sans espoirs
Pour nos rêves, nos ambitions, notre survie!

Donnez-moi une goutte d'espoir
Ou ne m'en donnez pas pour qu'enfin
Une porte s'ouvre devant moi.
Peu importe la couleur de ma fin
Pourvue qu'elle survienne au soir
D'une vie qui m'a semblé sans fin.

Donnez lui la main pour que dans ce couloir
Ou il est entré alors qu'il avait réussit à le maudire
Qu'il soit enfin guidé vers le territoire
De la tranquilité, de la paix, et du souvenir.
Donnez leur une goutte d'espoir
A ceux qui restent, orphelin de Fabrice.

Donnez-leur une goutte d'espoir
A ceux qui restent
Pour supporter le désespoir
De ce long désert.

Nous pensons tous très fort à vous !

À MON FRÈRE :

Il y a des nouvelles cruelles
Qu'on voudrait ne pas exister
On a beau se savoir mortel
Il est des destins qui font hurler

Et la vie continue...
Evidemment.
Avec un goût amer,
Un peu plus prononcé.
Chienne de vie !
Passé la stupeur, je balance
Entre crise de larmes et révolte :
A mort la mort !

Je voudrais t'avoir appelé avant.
Mais qu'est-ce que ça aurait changé ?

Je ne t'appellerai pas ce week-end
Ni plus tard ni plus jamais
Je ne t'enverrai plus de courriels
Je n'attendrai plus de nouvelles
Mais je penserai toujours à toi
Mon p'tit frère virtuel
A peine rencontré en vrai
A distance et pourtant si proche.

Je vous embrasse,
Yvanne

À FABRICE:

Quand j'entends Mylène à la radio
Je pense à toi
Quand je lis un polar
Je pense à toi
Quand je passe devant un bouquiniste
Je pense à toi
Quand je vais voir ma mère
Je pense à toi
Quand je fais modératrice d'atelier d'écriture
Je pense à toi
Quand je prépare un thème
Je pense à toi
Quand on dit Marseille
Je pense à toi
Quand j'imagine les Landes
Je pense à toi
Quand j'ouvre mon répertoire téléphonique
Je pense à toi
Quand arrive octobre
Je pense à toi
Quand je pense à un ami
Je pense à toi,
Mon frère virtuel. __._,_.___

À UN FRÈRE:

A un frère.

Fais un beau voyage
Ami du mot.
Brille, brille comme l'étoile !
Rayonne au-delà des sens,
Illumine le verbe aimer en toutes déclinaisons,
Caresse le temps,
Et n'oublie pas...

Je t'ai dit que je t'attendrai le temps qu'il faudrait.
Ça tient toujours.
Tu m'as beaucoup appris...
Et je vais te relire.

R
E
V
O
I
R

Oui, en attendant de te revoir,
Au même niveau de vibration.
Quand le mot se fait chair
Un jour, il s'en libère.

A bientôt, à toi, mon frère de vie, mon frère d'écrire.
L'Ami Bernard

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21 juillet 2006

fini!

Voilà ce blog est définitivement fini car l'auteur est mort d'une rupture d'anévrisme ce mardi 18 juillet 2006.

Je continuerai tout de même à publier tous ses écrits que je porrais retrouver.

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16 juin 2006

ce lieu

Je voudrais avoir ce courage,
Serrer très fort sur l’avant-bras,
Regarder la veine se dilater jusqu’à exploser.

Trancher.
Cisailler.
Regarder jaillir.

Ressentir la douleur,
Ressentir le plaisir.

Le plaisir de celui qui s’en va,
Le plaisir de celui qui s’enfuit,
Le plaisir de celui qui écrit le mot fin.

Je regarderais le sang s’écouler
Je regarderais la vie me laisser
Je verrais mon corps allongé dans la voiture
Du haut de mon âme qui s’envole.
Je rejoindrais les étoiles,
J’atteindrais l’infini.

J’arriverais en ce lieu
Ce lieu où je serais aimé
Aimé tel que je suis
Non tel que j’ai été
Ni tel que j’aurais pu être.

Ce lieu où je serais écrivain
Ce lieu où j’aurais du talent,
Ce lieu où je n’aurais plus de névrose,
Ce lieu où je n’aurais plus besoin de rêver pour exister.

Ce lieu où tu serais là,
Ce lieu où tu me sourirais,
Ce lieu où tu m’embrasserais,
Ce lieu où nous ferions l’amour,
Ce lieu où le temps ne détruirait plus rien.

Ce lieu où l’on efface les disputes
Comme sur l’ardoise de nos enfants.


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13 juin 2006

internement

Elle a dit, suivant son père :
Pour le poète, internement forcé
Mais je suis quand même son frère !
A-t-elle déjà mis les pieds chez les aliénés ?

Elle suit son mari comme son ombre
Aussi triste qu’une tombe
Elle n’existe désormais plus
Faute de s’être tant vendue

Sait-elle de quoi elle parle ?
Moi j’en doute fortement
Car son coeur se délabre
Dans l’inconscient de ses tourments

Elle est mère de famille
Mais ne connaît pas son rôle
Et Dieu qu’elle n’est pas drôle
Une fois que son coeur s’éparpille

Elle fait de son père son héros
Tandis que sa mémoire flanche
Elle ne dira plus un mot
Quand il l’a laissé sur sa branche

Comme un con je l’ai accueillie
Pour le résultat d’aujourd’hui
Car elle ne manie que l’oubli
Une fois qu’elle a mangé le fruit

Cacher l’urne de maman
Est l'obsession de son moment
Elle a dit : “ c’est mieux sans maman “
Moi elle me manque autant qu’avant

Marre de ces gens qui ne savent rien
Et veulent s’immiscer dans nos vies
Se comportant comme des vauriens,
Ils ne méritent pas la belle vie.

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07 juin 2006

Version 2

Voici un texte donné par un ami québécois...

Version 2
============

"Tout va très bien Madame la Marquise..." (Vieil air connu)

La vérité est-elle bonne à voir ? ... Sans même parler de la dire...
(Vieil axiome journalistique)

***********

Je travaille pour "le gouvernement". Je suis fonctionnaire. Je fonctionne et je fais fonctionner.
Je suis un rouage anonyme, bien usiné, bien huilé, efficace, fiable, de la machine Pouvoir.
Je fais mon travail sans me poser de questions, ce qui préserve ma tranquillité d'esprit, mon salaire, mon loyer et ma retraite. Mon nom est sans importance. Je pourrais m'appeler l'Un ou l'Autre, Untel ou Autretel. Pourquoi pas Georges?

Comme disait mon père : "Chacun voit le monde à sa manière."
J'ai trente-cinq ans et je viens seulement de comprendre ce qu'il voulait dire.

***

Tous les matins, je me rends à mon bureau par le même train, le même autobus, les mêmes coins de rue, les mêmes compagnons de voyage. J'en vois certains depuis si longtemps que j'ai l'impression de les connaître. En fait, uniquement leurs têtes, leurs attitudes, leurs tics, leurs "bonjour" ou leur "pardon" occasionnels. Tous les jours, je m'assois à mon bureau à neuf heures et, jusqu'à dix-sept heures, je "travaille". J'étudie des dossiers qu'on dépose devant moi et qui repartent le lendemain, analysés, critiqués, synthétisés. Je fais partie de la machine du Ministère de la Recherche Appliquée, Section Nouveaux Projets. Et, de ce qu j'ai pu déduire des dossiers
que j'ai lus, la grosse affaire du moment concerne le cerveau et l'intelligence.

***

Ce matin-là, comme toujours, la symphonie de la rue m'avait réveillé. Musique familière, cadre rassurant. Les voitures, les camions, le flot des piétons passent sous mes fenêtres, anonymes. Le son de la vie ? Le chant de l'illusion ? Tous les matins et tous les soirs, les sons de la vie pénètrent chez moi par la fenêtre ; et depuis si longtemps que cela me semble éthérique, comme un brouillard qui m'entoure et enchâsse mon âme. Je trouve cela beau. Je trouve que c'est la vie, la vraie vie, celle qui doit être.

"Sois toujours positif !" disait mon père. Ma première année d'école fut dépressive. A la maison, j'étais libre mais à l'école, tout était réglé, calibré par la sonnerie, les murs et les professeurs.
Ses mots m'avaient guidé, aidé à supporter ce nouvel environnement et à m'y adapter. Ils étaient restés gravés en moi; aujourd'hui encore, ils me guident. La violence et le crime ont toujours été endémiques dans mon quartier, mais ça ne m'a jamais gêné."Vivre ici me rendra plus fort", me
disais-je. Et j'y vis depuis quinze ans. Bien sûr, le budget est serré et les journées sont longues, mais je ne me plains pas ; au contraire, je me félicite de mes capacités à m'investir intelligemment et à me consacrer à ma carrière. Nombreux sont ceux qui se plaignent de leur vie routinière. Pour moi, cela veut dire stabilité, et donc sécurité.

Je travaillais à mon bureau, vers quatre heures de l'après-midi, quand ma porte s'ouvrit :
- Georges, je vous emmène en ballade !
C'était mon supérieur hiérarchique, Marc S., un petit homme à l'air effacé. Il avait parlé de manière amicale, mais c'était un ordre sans l'ombre d'un doute...
Nous roulions depuis une heure quand S. commença à parler de choses sérieuses.
- Georges, avez-vous déjà entendu parler du dossier Version 2 ?
- Oui, à quelques reprises.
En fait, bien plus souvent... Des dossiers passaient sous mes yeux, très souvent estampillés "Version 2" et semblaient tous classés Top secret. Ça m'intéressait, bien sûr, mais je savais que ça ne me regardait pas. Prudence, sécurité...
"Reste à l'écart des problèmes", me disait toujours ma sœur, du temps où j'étais assez voyeur.

- Version 2 est une colonie d'êtres humains, continua S., qui me jeta un coup d'œil pour mesurer ma réaction.
- Que voulez-vous dire par "une colonie" ? Une ville ? Comment cela peut-il rester secret ?
- Parce que, Georges, ces humains-là ont été élevés dans nos laboratoires. Ils sont des cobayes expérimentaux, maintenus dans leur isolement....
Nous roulions à présent à travers la campagne depuis un bon moment. S. s'engagea sur une route discrète, étroite, poussiéreuse. Le coin était désert ; le seul "obstacle" rencontré : une grille ouverte, rouillée, manifestement abandonnée.
Puis nous arrivâmes dans un minuscule village, situé au milieu de nulle part. Nous avons quitté la voiture, j'ai jeté un coup d'œil autour de moi. Cette communauté miniature consistait en deux rues
perpendiculaires, pavées, bordées de maisons. De petites habitations, semblant faites pour abriter deux ou trois personnes. De vieilles maisons, d'apparence centenaire, toutes bâties sur le même modèle : une porte, deux fenêtres au rez-de-chaussée, deux au premier étage, un
jardin carré et une modeste cheminée de briques. Les seuls éléments remarquables étaient une grande tour en bois et un étang situés près du croisement des deux rues.

- Ainsi, tous ces villageois ont été isolés du monde extérieur. Mais dans quel but ?
S. se mit à rire.
- Faites un tour, interrogez les gens. Essayez de trouver par vous-même!
Je me sentis vraiment mal à l'aise, à l'idée de flâner dans des rues remplies d'humains préfabriqués.
"Suis toujours les instructions", me disaient toujours mes professeurs. Comme je me sentais mal à l'école, cela avait tourné à la désobéissance. Je me rebellais même contre les autres enfants :
évidemment, j'avais du mal à trouver des amis. Le psychologue scolaire assurait que ce ne serait qu'une période difficile. Il avait raison, en quelque sorte...

Je me mis en marche prudemment, m'attendant presque à voir des personnes apparemment normales se transformer en mutants pour bondir sur moi. Plus j'avançai, pourtant, plus il devenait évident que c'était une communauté comme les autres. Les gens échangeaient des signes de la main en se croisant; des enfants jouaient devant les maisons, leurs cris et leurs rires peuplant cette fin d'après-midi. Ce n'étaient pas des clones. Je croisais des gens de toutes taille, stature, sexes et races, le long des rues. Et ce village me parut être un microcosme d'une ville
normale, sans différences notables.

J'arrêtai un homme qui passait, vêtu d'un costume d'homme d'affaires, une mallette dans une main et un trousseau de clés dans l'autre. -Excusez-moi, monsieur. Pourriez-vous me dire qui dirige cette ville ? Il leva le bras et me montra la tour de bois qui surplombait le village.
Une tour vide.
- Cette tour dirige le village ? Elle est vide. Y a-t-il quelqu'un assis là-haut ?
L'homme éclata d'un rire chaleureux, puis montra la tour de nouveau.
- Vous voyez la tour. Le Veilleur y est en ce moment.
Je scrutai soigneusement la structure : je ne vis qu'une tour, désespérément vide.
- Mais... Il n'y a personne là-haut.
- Vous ne le voyez pas ? Il porte un costume blanc et nous observe. Il veille sur nous jour et nuit." L'homme sourit encore " C'est notre meilleur ami!"

Je parcourus dans toute leur longueur les deux rues, posant la même question à d'autres villageois. Je reçus à chaque fois la même réponse.
"L'homme de la tour est notre dirigeant. Il garde la ville. On l'appelle le Veilleur".
Ils en parlaient tous avec beaucoup de respect étaient fiers d'arborer le drapeau du village sur leurs vêtements. Un des habitants rencontrés l'avait même fait tatouer sur son bras.
Désorienté, perplexe, je m'assis sur un banc. Une femme s'y trouvait, vêtue d'une simple robe brune. Elle semblait méditer dans le calme du soir qui tombait. Ses yeux étaient clos, mais elle se mit à parler :
- Vous semblez plein de curiosité, étranger. Dites-moi ce que vous voulez savoir.
- Y a-t-il des crimes, ici ?
- Oui, très souvent. La prison est surpeuplée. Il faudra bientôt en construire une nouvelle, pour enfermer les nouveaux criminels. Elle me montra une vieille cabane située près de l'étang ; un petit bâtiment en piteux état, inutilisée sans doute depuis très longtemps. Je considérai un instant l'antique ruine, puis observai la femme : non, elle n'avait pas l'air sarcastique, ni folle à lier.
- Et la guerre ?
- Nos voisins nous menacent en permanence. Il est clair qu'ils voudraient nous voir disparaître. Le Veilleur nous garde en sécurité. Les armées ennemies subissent grâce à lui défaite après défaite. C'est pourquoi nous le soutenons.
- Il a été élu ?
- Les élections sont inutiles, puisque tout le monde voterait pour lui.
- Et la vie est agréable, ici ?
- La vie est plus agréable ici que partout ailleurs. C'est pour cela que nous consacrons tant d'énergie à la protéger.
- Je n'ai plus qu'une seule question.
- Vous pouvez en poser mille si vous voulez, étranger.
- Est-ce que quelqu'un a déjà essayé de partir, de quitter ce village ?

La femme se mit à rire, le même rire chaleureux que l'homme rencontré auparavant.
- Même si nous voulions partir, nous ne pourrions pas. Regardez les murs qui nous encerclent.
Je parcourus le paysage du regard et ne vis que de l'herbe, et des prairies rejoignant l'horizon.
J'allai contredire cette femme, mais c'aurait été futile. "Ne conteste jamais les croyances des autres", me disait le curé. Compassion, oui. Conversion, non.

****

Après avoir flâné encore un peu dans le village, je rejoignis mon patron alors que les ombres su soir s'étendaient sur le village.
- Qu'avez-vous découvert ?
- Ces gens sont aveugles ou fous, ou les deux.
Ils parlent d'un homme qui n'existe pas, et de murs invisibles qui les encerclent.
S. sourit ironiquement.
- Georges, vous êtes devant le plus grand succès que l'histoire du contrôle mental puisse offrir ! Jamais auparavant, les gens n'ont été aussi efficacement "restreints" et rendus dépendants de leur gouvernement. Les habitants, ici, quelle que soit leur intelligence, accepteront et supporteront n'importe quoi, en autant que cela leur soit dicté par le Veilleur.
- Mais comment avez-vous fait ?
- C'est très simple. Quelle est la seule chose capable de nous unir contre un ennemi commun ? La peur. La peur, Georges ! Elle peut mettre les gens en rangs, unis, obéissants. Tout ce que vous avez à faire, c'est de leur dire que tous leurs voisins sont des criminels, qu'ils sont en danger d'être envahis par un ennemi extérieur, que le terrorisme rôde partout, même à leur porte, et que les contestataires sont des complices de l'ennemi. Les gens vont se mettre en troupeau
et chercher la première protection venue, même si elle s'avère imaginaire. Ils deviennent "dépendants".C'est inévitable, c'est presque mathématique.

Je réalisai lentement le génie de tout cela. Je n'avais jamais imaginé que cela pourrait être aussi simple dans le principe...
- Bientôt, ce système sera implanté sur toute la planète, Georges. Notre nation aura le contrôle complet du monde.

Mais une chose m'intriguait encore.
- Si cela est la Version 2, qu'en est-il de la Version 1 ?
- La Version 1, vous vous en doutez bien, était la colonie expérimentale originelle. Cela fonctionnait bien, mais nous étions déçus par certaines failles. Des gens commençaient à être
indépendants, et à penser par eux-mêmes.

- Existe-t-elle encore ?

S. sourit.

- Bien sûr. De l'autre côté de la grille que nous avons rencontrée.

Le Samovar


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04 juin 2006

Xavier 3

Benjamin Denisot avait passé une journée difficile. La réunion pour le rachat des industries Holmert n’avait pas été aussi simple que prévue. Sa société allait dépenser largement plus que la somme initialement convenue. Il craignait maintenant la réaction des actionnaires. Néanmoins, le but était atteint. Holmert allait devenir une filiale largement rentable une fois restructurée. Le plan de reprise était clair. Certes, il allait être difficile de faire avaler aux salariés le nombre de licenciements prévus. Le maire lui mettrait certainement des bâtons dans les roues. Tout cela était planifié de longue date. Il ne pourrait pas bloquer bien longtemps le développement de son entreprise.
Denisot était fier d’en être arrivé là où il en était, lui, petit-fils de mineur et fils de smicard. Il avait passé avec succès toutes les étapes de ses études de droit et était vite devenu un chef d’entreprise respecté et craint de beaucoup. Il regarda sa montre, il était déjà vingt heures. Il téléphona à sa femme pour la prévenir qu’il avait un dîner d’affaire et qu’il ne rentrerait que très tard dans la nuit. Elle avait l’habitude. Le fait que ça lui plaise ou non n’avait par ailleurs aucune incidence sur le comportement de Benjamin. Elle ne partirait jamais avec leur fils Eric. Sa situation si confortable financièrement était le meilleur des arguments pour la bonne santé de son mariage. Ils étaient mariés sous le régime de la séparation de biens. Laure n’aurait rien si l’envie lui prenait de divorcer. Il prit son téléphone, réserva deux couverts au Casa No Name. Comme après chaque grosse journée, il irait ramasser un petit jeune homo, l’inviterait à dîner contre une petite partie de jambe en l’air dans son bureau.
Il prit le téléphone mais n’eut pas le temps de finir de composer le numéro. Deux balles tirées avec précision l’atteignirent en pleine poitrine. Il passerait le reste de la nuit à se vider de son sang.

Laurent Montiard était de service à huit heures ce matin. Il était lieutenant de police judiciaire. Sa femme Brigitte n’était encore que brigadière. Elle commençait plus tard que lui aujourd’hui. Ce serait donc elle qui irait emmener leurs fils Jean-Yves à l’école. Il le récupérerait en rentrant. Bien qu’âgé de seulement trente-deux ans, il en paraissait facilement quarante à cause de son crâne dégarni, ses traits tirés en permanence et son air bougon. Il s’était engagé dans la police par conviction mais était pourtant déjà lassé de son travail. Il prit un petit-déjeuner succinct et se rendit au commissariat. Ce lieu était lugubre, entièrement à retaper. La peinture s’effritait de tous les côtés. Il avait mal dormi et arriva déjà fatigué au travail. Son unique envie était de s’installer à son bureau et de potasser les affaires en cours mais le sort en avait décidé autrement.
Lorsqu’il arriva, il trouva ses collègues de nuit prêt à partir :

-"On a buté Denisot. Sa secrétaire vient de nous appeler. Apparemment, on lui aurait tiré dessus. Montiard soupira. Il devina la journée qui l’attendait. Benjamin Denizot n’était pas n’importe qui à Marseille, président de Mélitox, une importante société d’import-export aux multiples filiales. Les suspects seraient nombreux.
- Une équipe est déjà sur les lieux pour installer le périmètres de sécurité. Le labo est sur le coup. D’après ce que j’ai pu entendre, il aurait été abattu froidement de deux balles tirées dans la poitrine. Bernardin t’attend pour aller décortiquer tout ça.
A la tête que faisait Montiard, on pouvait deviner combien il était excité par le travail qu’il aurait à faire durant la journée. Il se rendit dans le bureau de Bernardin
- Salut Jean-Louis, lui dit-il avec un sourire contrit, la journée s’annonce bonne
- A qui le dis-tu. Je viens d’arriver comme toi et il faut déjà que l’on aille chez Mélitox."

Denizot n’avait pas vu les choses à moitié. Les industrie Mélitox qui s’étaient récemment installées sur la Canebière constituaient un immense bâtiment tout de verre. La folie des grandeur de Denizot qui lui a peut-être coûté la vie, pensa Montiard. Les suspects allaient être nombreux. Beaucoup de monde lui en voulait. Montiard demanda aux gars qui étaient déjà sur les lieux si la femme de Denizot avait été prévenue.
- "Oui, on a envoyé deux brigadiers. Ils l’ont prévenue que vous viendriez leur poser quelques questions."

Denizot n’avait pas vu les choses à moitié. Il habitait dans un hôtel particulier situé sur le Prado. Montiard se dit qu’à vue de nez, la maison devait comporter au moins douze pièces. Bernardin sonna. La bonne vint leur ouvrir. Il demandèrent à parler à Madame Denizot

- "Elle est très fatiguée vous savez," lui répondit la femme visiblement d’origine portugaise dans un français approximatif.
- Il est nécessaire que nous lui parlions, dit Montiard d’un ton assez sec. Je vais l’appeler.
- Nadine Denizot apparut, les traits tirés mais sans marquer la détresse d’une femme dont le mari vient d’être assassiné.
Elle était très maigre. De longs cheveux roux bouclés descendaient sa chemise de nuit. Elle n’avait pas jugé bon de s’habiller pour la venue des deux enquêteurs. Elle donnait l’impression d’avoir perdue une certaine partie de sa dignité en même temps que son mari.
- Je vous préviens tout de suite, inspecteurs, il n’y avait plus grand chose entre mon mari et moi. Il s’inventaient des réunions le soir pour me faire ignorer qu’il avait d’autres relations.
- Nous ne sommes pas inspecteurs mais Lieutenants de police, expliqua Bernardin, comment pouvez-vous être aussi sûre que votre mari vous trompait ?
- Oh, c’est juste qu’un soir de réunion, une amie l’a vu au Casa No Name en charmante compagnie : un jeune garçon, enfin plutôt un jeune homme pour être exacte. Sur le coup ce fût un choc, puis lentement je me suis fait à l’idée d’avoir épousé un bissexuel. Pour être honnête, je tenais à notre mariage et pas que pour des raisons amoureuses. Je dissipe tout de suite ce que vous pensez : Nous sommes mariés sous le régime de la séparation de biens. Tout appartient maintenant à mon fils.
Nadine Denizot parlait d’un ton totalement détaché, comme si la mort de son mari la laissait totalement indifférente.
- Pourriez-vous nous dire ce que vous faisiez hier au soir ?


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29 mai 2006

Xavier 2

Coralline, de sa table, s’était rendu compte du mal être de Xavier. Elle vint immédiatement s’asseoir à ses côtés. D’un geste de la main, elle remit en place ses longs cheveux châtains et fixa Xavier de ses yeux noisettes.
- Il y a quelque chose là-dedans qui t’a bousculé, n’est-ce pas, lui dit-elle d’un ton doux en désignant le journal
- Oh rien de bien grave. Juste la mort de quelqu’un avec qui j’avais eu une relation
- Une simple relation ou quelque chose de plus ? Avait deviné Coralline qui mit doucement sa main sur celle de Xavier.
Il leva la tête et la fixa de ses yeux verts qui se mariaient si bien avec ses courts cheveux d’un noir de jais. Il faisait craquer Coralline quand il paraissait si faible. Elle se disait que le proverbe qui disait que tous les plus beaux mecs son gays était vrai.
- Martin Wagner vivait mal sa bissexualité. Il m’avait parlé de sa femme et de ses enfants. Il m’avait dit combien il les aimait. Il était sur une construction qui se déroulait bien. Il pensait avoir une promotion et gagner plus d’argent afin de construire une piscine pour sa famille. D’un autre côté, il m’avait confié combien je le faisais craquer, combien il avait aimé ces moments que l’on avait passés ensemble. Il paraissait si fragile dans ces instants que je lui ai à mon tour raconté ma vie, comment ma mère, un jour de Juin ne s’était pas réveillée, laissant sur sa table de chevet le court texte suivant.
“ Mon Xavier, tu vas horriblement me manquer. Je ne sais pas où je vais, mais je sais que je n’y aurai plus ton père pour me faire souffrir. Pardonne-moi mon fils “. Xavier avait maintenant les larmes aux yeux. Coralline savait combien le fait de penser à sa mère en plus de la mort de son amant lui était difficile. Elle serra fort sa main. Xavier se reprit :
- Il m’a alors pris dans ses bras. Je m’en souviens comme si ça s‘était passé hier. Il avait tenté de me réconforter en me disant que les choses étaient dures pour beaucoup plus de monde qu’on ne l’imaginait. Je lui ai alors dit pour mon père. Là, il s’est énervé. Il m’a dit de ne surtout pas lui donner son adresse sinon il lui ferait une tête au carrée souffla Xavier avec un petit sourire. Il s’était intéressé à moi, m’avait demandé comment je faisais. Je lui ai expliqué que je vivais un petit studio pour étudiants mais que c’était dur. Il me demanda mon adresse. Je lui ai donné. Il m’envoyait deux cents euros par mois pour m’aider.

Coralline ne comprenait pas les rencontres d’un soir de Xavier. Elle aurait préféré qu’il se trouve quelqu’un de son âge et s’installe avec lui. Il cherchait systématiquement des hommes plus vieux que lui. S’il ne changeait pas, il serait continuellement dans l’impasse. Maintenant se poserait aussi l’aspect financier dont elle pourrait s’occuper pour décharger un peu son ami. Son père était chirurgien et sa mère anesthésiste. Ils gagnaient suffisamment à eux deux pour donner deux cents euros par mois à Xavier. Ce ne devait pas être un problème. Qui plus était, Coralline s’entendait parfaitement avec ses parents. Elle était certaine que le vécu de son ami les émouvrait autant qu’elle.

Coralline était issue d’une famille aisée. Une véritable lignée de médecins. Ses parents avaient tout fait pour la pousser dans cette voie. Mais rien n’y fit. Elle voulait devenir avocate, pas médecin. Elle serait celle qui mettrait un terme à la médecine dans sa famille. Son père et sa mère s’étaient rencontrés à l’université. Ils avaient longuement réfléchi avant d’envisager la vie commune et plus encore avant d’avoir Coralline. Elle était enfant unique. Ses parents s’estimaient trop occupés par leurs métiers respectifs pour avoir plusieurs enfants. Coralline n’avait jamais manqué de rien. Elle avait toujours vécu dans l’opulence. A la différence de Xavier, elle ne vivait pas en dans un petit studio mais dans un large deux-pièces meublé en plein centre ville d’Aix en Provence. Aix était une ville bourgeoise qui convenait parfaitement à Coralline. Elle s’y sentait comme un poisson dans l’eau. Ses parents lui avait offert une Twingo pour se rendre à la fac ainsi qu’une place au mois dans le parking souterrain situé à quelques pas de chez elle. Que pouvait-elle vouloir de plus ? Le bonheur de Xavier.
Depuis qu’ils étaient amis, elle ne l’avait jamais vu que très rarement heureux. A chaque fois qu’il croyait avoir trouvé quelqu’un dans sa vie, quelque chose ne collait pas. A croire que les gays étaient faits pour être malheureux. Il lui avait dit avoir une bande de copains homos à Marseille, mais que beaucoup s’étaient déjà plus ou moins casés, c’est à dire qu’ils avaient un amant occasionnel, ce qui n’était pas le cas de Xavier, bien qu’il devait être le plus mignon de tous. Cela venait certainement de son enfance et de son adolescence, de sa relation avec ses parents qui, lui avait-il confié avait toujours été délicate, jusqu’à la fin…


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25 mai 2006

bal

21h45. Florent sonne à la porte. J’ai entendu le moteur de sa 125 débridée tandis qu’il montait la pente du lotissement qui mène à la maison de mes parents. Il vient me chercher pour le bal du 14 Juillet. J’ai pas envie d’y aller. Ça me gonfle royalement. C’était ça ou le feu d’artifice sur la croisette avec les parents. Je préfère encore le bal de Pégomas.

   Je prends mon paquet de clopes, m’installe sur la moto et direction la place de la poste. Le lieu où la mairie installe le bal tous les ans. Florent paies nos deux entrées et en avant la musique. Nos potes sont déjà là. La bande de Pégomas est presque au grand complet. Je remarque Yvan, Sandra, Claire, Akim, Rachida, Thomas et les autres que je connais moins. Le DJ balance Black Box “ Ride on time “ à plein tube. On s’entend à peine parler. Je me dirige au bar en compagnie de Sandrine, une ravissante petite brune avec qui j’aimerais bien aller plus loin. Faut pas que je rêve. Les filles comme ça ne sont pas pour les mecs comme moi.

   Je demande un whisky-coca bien tassé. Ça m’aidera à me décontracter. Si je ne bois pas, je ne danse pas. Je n’arrive pas à me libérer si je prends rien. La soirée s’écoule lentement. Je me fais servir un troisième whisky-coca. Florent y rajoute un ecsta qui se dissout lentement. Il veut que j’aille danser. Dix minutes plus tard, je suis bien. Tout va plus vite. Les regards alentours ne se posent plus sur moi. Je sens la musique. Elle me fais vibrer. Au sens propre.

   Il me faudra un bon quart d’heure pour me rendre compte qu’à l’autre bout de la salle, Thierry est en train de se frotter avec un mec de la Roquette, le village d’à côté. J’l’aime pas, le Thierry. Y se prend trop pour le caïd. depuis qu’il a fait 15 jours de taule, y se sent plus pisser. Je me rapproche du groupe qui s’est immanquablement formé autour des deux abrutis qui ne demandent qu’à en découdre. J’interroge un peu tout le monde. A ce que je comprends, ce con de Thierry n’aurait rien trouvé de mieux que de sortir avec la meuf du gros lard. L’autre lui reproche d’avoir profité du fait qu’elle était éméchée. Les gros bras du service d’ordre commencent à approcher et nous partons régler nos comptes dehors.

   Une fois sortis, Thierry et le Guillaume s’en foutent carrément plein la gueule juste à côté des cyclos. Au loin, j’entends un moteur vrombir. C’est une 205. Celle d’un des mecs de la Roquette. Je l’ai déjà vue. Elle fonce droit sur nous. On n’a pas d’autre choix que de retourner se protéger sous le chapiteau. On se reprend tous un verre. Florent me donne un autre cachet. Il s’avale, cette fois et il est rose. On se tient près de la porte.

   Les mecs de la Roquette avaient repéré la moto de Thierry. Ils l’ont séparée des autres et foncent dessus avec leur bagnole. Ils la réduisent assez vite à l’état de pièces détachées et dégagent.

   Thierry est vert de rage. Il veut les rattraper et leur faire leur fête. Problème : aucun de nous n’a de caisse. Pas pour Thierry : il suffit d’en tirer une. Le temps de passer chez lui chercher un pied de biche et la première golf GTI qui passe est pour nous. En deux minutes, il nous y fait entrer. Florent insiste pour que je prenne le volant. Il préviens les autres que désormais, “ je fais partie de la bande “. Mon père m’a fait conduire une ou deux fois sur des parking. Ça devrait aller. Je veux leur prouver qu’ils peuvent me faire confiance. Je me sens vachement bien dans ma tête. J’ai une pêche d’enfer.

   Thierry veut qu’on passe à Ranguin chercher des potes à lui. D’après lui, on ne serait pas assez nombreux. Je m’installe au volant. Je n’ai pas de mal à prendre la bagnole en main. D’habitude, la route qui relie Pégomas à Cannes est assez sinueuse. Ce soir, j’ai l’impression que tout est en ligne droite. Les bandes blanches ressemblent à des raies de lumières. j’arrive pas bien à voir le compteur. J’ai réussi à passer la cinquième. Je suis fier. Cette fois, je suis comme eux. J’ai pas eu le temps, par contre, de voir la caisse qui nous arrivait dessus à l’entrée de La Bocca.

   Ça fait un mois et demi maintenant que je suis sorti du coma. D’après les médecins, c’est miraculeux. Le juge d’instruction est venu me voir deux fois. Il m’a mis plusieurs fois “ en examen “, comme il dit. Il paraît que dans notre bagnole, seul Thierry qui était sur le siège passager est mort. A l’arrière, ils sont tous sortis indemnes, sauf Karine qui ne pourra plus marcher. Ça me fait chier. Je l’aime bien, Karine. On est sortis ensemble y’a deux ans. C’était bien.
Dans la voiture d’en face, ils ont eu moins de pot. C’était une famille. Ils étaient cinq. Ils sont tous morts.

   Cet aprem, mes parents viennent me voir. Ça me fait chier. Il vont encore chialer.

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